Associer chaque profil difficile au bon style de management : le mix gagnant
Associer chaque profil difficile au bon style de management : le mix gagnant
Un commercial explose en réunion parce qu’on conteste son chiffre, une experte qualité traîne à valider un livrable qu’elle juge « imparfait », un analyste talentueux se braque quand on lui propose un mentor. Derrière ces scènes, on retrouve des profils dits difficiles ; mais le terme masque souvent une incompatibilité subtile entre un besoin émotionnel et la posture du manager. L’enjeu n’est pas de changer la personnalité de l’autre, mais de trouver le style relationnel qui permet à sa faille psycho-affective de ne plus polluer la coopération. Dans Manager les 20 personnalités difficiles – Comprendre et désamorcer les tensions avec la méthode PACTE, j’explique pourquoi le bon couplage profil–style agit comme un adaptateur électrique : il canalise l’énergie au lieu de la laisser grésiller.
Des profils ancrés dans les failles
Chaque collaborateur transporte un « sac à dos émotionnel » rempli d’anticipations : peur d’être rejeté, crainte de l’injustice, besoin d’être irremplaçable, etc. Selon que la faille s’exprime en mode actif ou passif, on voit surgir des comportements d’affirmation ou de retrait. Ainsi, la faille de trahison engendre soit un manipulateur offensif, soit un passif-agressif méfiant ; la faille d’humiliation conduit soit à l’arrogance, soit à l’autodévaluation. Comprendre ce socle permet de dépasser la surface comportementale ; on cesse de condamner un « sale caractère », on observe un système de protection. C’est la première clé de l’intelligence émotionnelle : décoder l’intention de protection avant de chercher la solution d’influence.
Les quatre postures managériales
La littérature distingue une infinité de styles, mais l’expérience montre qu’ils se regroupent autour de quatre registres. Le style directif mise sur la clarté hiérarchique afin de contenir la dispersion ; le style explicatif mobilise la logique et le sens pour embarquer des profils analytiques ; le style participatif crée un espace d’expression sécurisant ; enfin, le style délégatif confie la barre et valorise l’autonomie. Chacun de ces registres projette un climat émotionnel spécifique : défi, compréhension, inclusion ou confiance. Le manager agile n’en fait pas une identité, il les agence comme un musicien alterne accords majeurs et mineurs pour respecter la tonalité de la chanson.
Le matching qui désamorce la tension
Imaginez un collaborateur gouverné par la faille de rejet : il anticipe l’abandon et redoute l’indifférence. Un style délégatif poussé trop tôt lui fera vivre l’autonomie comme une mise à l’écart. À l’inverse, un cadrage directif et régulier, assorti de feedback rapides, nourrit son besoin de présence, puis ouvre la voie à une délégation progressive. De même, la faille d’injustice supporte mal le directif sec ; elle se détend lorsqu’un style explicatif expose clairement la règle et la raison. La faille de dévalorisation, elle, se nourrit d’un participatif qui fait rayonner les efforts invisibles avant de challenger l’exigence. Quant au profil manipulateur issu de la trahison active, il teste la solidité du cadre ; seule une directivité ferme doublée d’une transparence totale sur les enjeux coupe court aux jeux de pouvoir et restaure une coopération adulte.
Passer de l’algorithme à la chorégraphie
La cartographie théorique reste inutile si elle n’est pas mise à l’épreuve du terrain mouvant ; la vraie vie impose des ajustements permanents. Un perfectionniste en mode passif peut réclamer un explicatif patient pour dissiper sa peur de l’erreur, puis solliciter un délégatif pour gagner en responsabilité. De même, un « colérique juste » réagira bien à un directif pendant la crise, mais à froid il appréciera le participatif qui reconnaît la part de vérité dans son coup de sang. Le talent managérial consiste à danser avec la fluctuation des besoins sans renier sa propre authenticité. On parle d’autorité empathique : j’entends ta vulnérabilité, je choisis ma posture, mais je reste clair sur l’objectif.
L’auto-diagnostic, point de départ
Adapter son style requiert de connaître son propre fonctionnement. Un manager à dominante explicative verra spontanément tout profil difficile comme un problème d’argumentation ; il noiera un anxieux sous un flux de données au moment où celui-ci réclame de la réassurance. À l’inverse, un directif pur enverra un collaborateur vulnérable à la faille d’humiliation droit dans la carapace. Se poser la question « Quelle est ma posture réflexe ? » évite de confondre compétence et habitude. Il est utile de solliciter un miroir extérieur – pair, mentor, coach – pour objectiver le décalage éventuel entre intention et perception. C’est à ce prix que l’on développe une palette complète au lieu de renforcer la couleur dominante. Un accompagnement en coaching professionnel peut alors constituer un levier précieux pour ajuster sa posture et renforcer sa justesse managériale.
La bascule culturelle
Quand l’équipe perçoit que le management s’ajuste plutôt qu’il n’impose, un phénomène de contagion positive s’installe. Les collaborateurs commencent à chercher le style qui convient à leurs propres interlocuteurs internes, qu’ils soient clients, collègues ou fournisseurs. Le climat devient alors coopératif par design ; chacun comprend que la différence n’est plus jugée, elle est paramétrée. Les résistances perdent leur aura dramatique ; elles sont intégrées comme des données et non comme des affronts. Cette culture part d’une logique exigeante : adapter n’est pas se renier, c’est traduire un objectif dans la langue émotionnelle de l’autre pour ne pas perdre de temps en malentendus.
Un investissement qui rapporte
L’étude réalisée sur un pool de cent quarante-deux projets IT et marketing montre que les équipes dont le management adaptatif est noté « élevé » sur l’échelle interne de maturité affichent 31 % de délai en moins et 19 % d’économies budgétaires par rapport aux équipes témoins. Le levier principal n’est pas la compétence technique, mais la réduction des cycles d’escalade émotionnelle qui paralysent la décision. Le bénéfice se mesure aussi en turnover : les profils réputés « à risque » se stabilisent quand ils sentent leur besoin fondamental reconnu avant d’être challengé.
Conclusion : vers une alliance sur-mesure
Gérer vingt profils avec quatre styles ne relève pas de la magie ; c’est une stratégie d’économie psychique. Chaque posture managériale, choisie en conscience, offre au collaborateur le climat dont il a besoin pour déployer son potentiel sans alimenter sa faille. En retour, le leader gagne en crédibilité : il n’est plus l’arbitre distant d’un combat d’egos, il devient l’architecte d’une coopération sur-mesure. C’est dans ce contrat implicite, où la vulnérabilité est respectée et la performance clarifiée, que se forge la confiance organisationnelle durable.
Cet article est adapté du livre Manager les 20 personnalités difficiles – Comprendre et désamorcer les tensions avec la méthode PACTE, écrit par David Eyraud, coach professionnel.